21 juillet 2007
N’en déplaise à ceux qui sont habités par l’esprit de La Résistance, la France semble bien engluée par des préoccupations d’un autre âge. J’en veux pour preuve la création sarkozienne du Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Nationale (et du Codéveloppement). Alors que la mondialisation devient un peu plus chaque jour une réalité, les français en sont encore à se poser ce genre de questions.
Pendant ce temps là, les autres pays avancent. Peut-être que ce genre de question ne fait pas débat parce que les citoyens de ces pays sont sûrs d’eux-mêmes et de leurs valeurs. Toujours est il qu’il y a de cela bientôt un an une des plus grandes entreprises américaines nommait une femme d’origine indienne à sa direction générale. Indra Krishnamurthy Nooyi, née à Madras de parents modestes, ayant intégré l’entreprise seulement 12 ans avant sa nommination succédait ainsi à Steve Reinemund. La chose peut sembler banale, cependant elle permet de comprendre pourquoi le reste du monde avance alors que nous faisons au mieux du sur place.
Une société ouverte est plus apte à attirer à elle les talents qu’une société frileuse, refermée sur elle-même et ses rêves d’une gloriole passée. Indra K. Nooyi aurait-elle eu seulement une chance de connaître une telle trajectoire professionnelle dans l’hexagone? Lorsque l’on observe le trombinoscope des patrons du CAC 40, on ne peut que douter. Est-ce un hasard si les récentes grandes entreprises américaines ont été fondées par des étrangers? E-Bay a été créée par un iranien, Google par un russe, Juniper Networks par un indien, Hotmail fut également le fait d’un indien avant que d’être revendu à Microsoft. La vieille Europe n’est pas vraiment en reste si l’on veut bien considérer que le groupe britannique Vodaphone a été fondé par un indien. Par ailleurs, la vieille Albion n’a pas hésité à conférer la baronnie à une bengladaise d’origine*. Lorsque l’on considère le tollé qui ne manque jamais d’arriver lorsqu’un français d’origine émigrée est nommé à un poste de secrétaire d’état, de préfet, on ne peut que se dire que la route est encore longue.
* «Je ne suis pas inquiète, dit-elle. Prenez mon cas. J’ai 47 ans. Il y a une trentaine d’années, mes parents et moi, nous nous sentions avant tout bangladais. Et puis, au fil du temps, une nouvelle identité est née. A présent, je me sens musulmane. Certes, mon passeport est britannique, mais la Grande-Bretagne, ce n’est pas une nation, c’est une coalition: même les Ecossais ou les Gallois hésitent à se décrire comme britanniques. Je suis musulmane; quelle importance? Ma vie n’est pas centrée autour de la mosquée. Et mes enfants, qui sont plus religieux que moi, participent à la vie politique de ce pays, en manifestant aux côtés d’athées, de pacifistes, de gays et de lesbiennes contre la guerre en Irak, par exemple. La nouvelle génération est plus politisée, au sens civique du mot. Mon fils ne cesse de me le répéter: “Nous sommes British, maman. Nous n’avons pas à demander pardon d’être nés musulmans.” Et ça, voyez-vous, c’est formidable.»
Baronne Uddin.
30 avril 2008 at 11:36
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